Pistes pour l’homélie

du 5 octobre 2008 (27e dimanche du Temps ordinaire)

 

Évangile : La parabole des vignerons homicides  (Matthieu 21, 33-43)

 

Dans toute la Bible, la vigne représente Israël. Dans la 1e lecture, le prophète Isaïe, huit siècles avant Jésus, dénonçait déjà l’infidélité du peuple envers son Dieu et annonçait le jugement de Dieu sur cette mauvaise vigne : effectivement les Assyriens puis les Babyloniens viendront détruire Jérusalem et le royaume fondé par David. Jésus, dans sa parabole, ne parle plus de mauvaise vigne, mais de mauvais vignerons. Les employés du propriétaire de la vigne se révoltent contre lui ; ils rejettent ses envoyés et tuent même son fils. Ils se prennent pour les propriétaires. Mais le châtiment mettra fin à leur révolte.

Lorsque Matthieu écrit son évangile, une cinquantaine d’années après Jésus, il se rappelle la destruction de Jérusalem et de son temple, une dizaine d’années avant, en 70. Il voit dans cette catastrophe le jugement de Dieu sur la ville où Jésus – c’est-à-dire le Fils du propriétaire – a été condamné et exécuté injustement. C’est pourquoi cette parabole a souvent été lue comme la condamnation d’Israël et son remplacement par l’Église : « Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à un peuple qui lui fera produire son fruit. » (v.43).

En effet beaucoup de chrétiens s’imaginent que l’Église remplace le peuple juif : c’est ce qu’on appelle la « théologie de la substitution » : depuis la mort de Jésus, le peuple juif a fait son temps ; désormais il peut disparaître, puisque le nouveau peuple de Dieu, ce sont les chrétiens. Cette théologie de la substitution, qui a voulu légitimer l’antisémitisme chrétien, a fait des ravages pendant des siècles, jusqu’à la Shoah, et même jusqu’aujourd’hui. Or cette formulation théologique est fausse, elle n'a jamais été entérinée par le Magistère de l'Église ; au contraire, St Paul affirme que l’Alliance de Dieu avec Israël demeure, car Dieu est toujours fidèle à ses promesses (Rom 9, 3-4 cf. Osée 2,16-21). La nouvelle Alliance ne supprime pas la première Alliance. L’Église ne remplace pas le peuple juif, pas plus qu’un second fils ne remplace le premier.

Déjà, bien avant Jésus, les prophètes étaient présentés dans le Premier Testament comme les envoyés de Dieu à son peuple, comme des serviteurs qui ont été souvent rejetés : ainsi Néhémie, dans une prière pénitentielle, reconnaît : « Nos pères ont rejeté ta loi derrière eux ; ils ont tué les prophètes qui les adjuraient de revenir à Toi » (Ne 9,26). Israël est bien conscient de cela. Et nous ne pouvons oublier la prière de Jésus pour les chefs juifs et romains qui l’ont crucifié : « Père, pardonne-leur ; ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34).

Le Royaume de Dieu qui sera enlevé aux uns et donné aux autres, c’est la vie avec Dieu, c’est le salut accordé à l’homme : à la fois un don et une exigence. Pour le juif comme pour le chrétien, il s’agit de « porter du fruit ». C'est pourquoi la communauté d'Israël comme la communauté chrétienne seront jugées sur les fruits qu'elles porteront ; il en sera de même pour les chefs et les pasteurs. D’ailleurs la parabole suivante le précise : parmi tous les invités au festin, ceux qui n’ont pas revêtu la tenue de fête seront exclus. Pour l’Église aussi aura lieu le jugement des baptisés : « La multitude des hommes est appelée, mais les élus sont peu nombreux » (22,14).

Le salut n’est pas un droit, un acquis, mais une tâche à accomplir. L’Église est appelée à devenir, elle aussi, ce peuple fidèle. Pour Matthieu, le jugement de Dieu sur Israël, la destruction de Jérusalem en l’an 70, est un avertissement. Nous n’avons pas à nous croire meilleurs que les Juifs : nous avons, nous aussi, à nous convertir pour produire du fruit, en étant davantage fidèles à la volonté du Père. Nous chrétiens, nous sommes entre l’appel et le jugement. Nous avons été appelés et nous serons jugés sur nos actes, sur notre réponse à l’appel du Christ.

                                                                                                Père Philippe GRUSON